Ode au chronographe

Souvent utilisé par son propriétaire pour obtenir des œufs coque parfaits ou des pâtes Al Dente, cette complication cache un passé très riche, avec des déclinaisons nombreuses et variées correspondant à des objectifs et des fonctionnalités bien spécifiques. Nous allons à travers cet article retracer l’histoire de cette complication que l’on trouve chez la plupart des fabricants, mais qui derrière une apparente « banalité », cache souvent une extrême technicité.

Le chronographe est le digne héritier des travaux horlogers menés pour mesurer le temps. Il est l’aboutissement de plusieurs siècles de recherche. En parcourant le XVIII° et le XIX° siècles on peut retracer les inventions qui ont forgé le chronographe d’aujourd’hui. Du concept au nom, cette complication synthétise de nombreuses innovations horlogères.

Démarrons par une petite définition : le chronographe est une montre possédant une complication servant à mesurer le temps d’une action, actionné à la demande par le biais d’un poussoir. Une première pression lance le chronographe, la seconde l’arrête et la dernière le relance. Un chronographe se différencie d’un chronomètre par son indication de l’heure.

Son mécanisme peut être construit de deux manières différentes. Les plus simples utilisent une came se contentant de transmettre ou de modifier le mouvement des aiguilles, tandis que les plus raffinés utilisent une roue à colonne coordonnant les phases du chronographe. Cette seconde version équipe de fait les modèles plus haut de gamme.

Une fois le chronographe mis au point, les maisons horlogères ont créé des variantes, les dotant d’usages spécifiques. On peut distinguer deux grands axes de développement : le premier axe porte sur le mécanisme en lui-même, tandis que le second est la mise en place d’échelles.

Le chronographe, entre héritage et tradition

En 1776, Jean-Moïse Pouzait met au point une horloge disposant d’une seconde indépendante. On pouvait l’arrêter et la faire repartir à la demande, mais sans remise à zéro des aiguilles. Cette invention instaure le principe du chronographe : mesurer à la demande le temps d’une action.

D’autres travaux suivront, définissant toujours un peu mieux le chronographe. Le plus emblématique est celui de Louis Moinet avec son compteur de tierce en 1816. Véritable précurseur, il a complètement remis en question la paternité du chronographe. En effet ce compteur de tierce permet de mesurer un phénomène sur une durée pouvant aller jusqu’aux heures, tout en possédant une précision d’un soixantième de seconde. Il possède de plus un retour à zéro, mécanisme qui sera mis au point bien plus tard par Adolphe Nicole. Le seul oubli de Louis Moinet pour en faire un chronographe ? Indiquer l’heure, mais on ne peut qu’admirer l’exploit réalisé par le français même si son travail n’a jamais été réutilisé. Adolphe Nicole figure quant à lui parmi les inventeurs du chronographe moderne. Il développe la remise à zéro en 1844, complication qui sera intégrée pour la première fois dans une montre à gousset de la maison Nicole et Capt en 1862. Le chronographe tel qu’il est connu aujourd’hui est né.

On doit toutefois le nom de chronographe à Nicolas Mathieu Rieussec, qui baptise ainsi l’une de ses inventions en 1821. Si on traduit les termes chrono (temps) et graphe (écrire) on se rend compte que le nom choisit par Rieussec décrit simplement le fonctionnement de son invention. En effet pour réaliser une mesure il était nécessaire de déposer une goutte d’encre sur le cadran au début et à la fin de celle-ci.

Si l’invention du chronographe est finalisée au XIX° siècle, il faudra attendre 1915 pour que l’horloger Breitling parvienne à le miniaturiser dans une montre bracelet avec un poussoir dédié. En 1934 un second poussoir de remise à zéro est inséré sur le chronographe. La dernière innovation marquante sera son automatisation, inauguré par Zénith en 1969 avec son célèbre El Primero.

Les chronographes à mono-rattrapante, rattrapante et à totaliseur

Le concept de la rattrapante a été développé en deux temps. Tout d’abord Thaddeus Winnerl met au point le chronographe à monorattrapante en 1831. Comme l’indique le terme mono, cette complication ne possède qu’une aiguille des secondes, qui rattrape le temps écoulé dès que la mesure a pris fin.

Le principe du chronographe à rattrapante moderne est exploité en 1928 par Louis Frédérique Perrelet. Son invention à deux aiguilles possède une came en forme de cœur permettant une remise à zéro. Ce système permet simplement de chronométrer des temps intermédiaires lors d’un évènement. Lors du déclenchement, les deux aiguilles se lancent en même temps. En pressant le poussoir dédié à la rattrapante, on l’arrête tandis que la seconde aiguille continue à progresser. Après la lecture de la mesure en ré-appuyant sur le pressoir, l’aiguille rattrapante rejoint l’autre aiguille pour se synchroniser avec elle. Si cette fonction peut sembler anodine de prime abord, il s’agit d’une véritable prouesse d’un point de vue mécanique tant sa conception est complexe et délicate.

La dernière variation mécanique du chronographe est le totalisateur des minutes et des heures mesurées. Elle enregistre tout simplement la mesure sur un temps long, pouvant aller de 30 minutes jusqu’à 12 heures, sur un ou plusieurs sous cadran. Cette fonction a été particulièrement utilisé dans l’automobile, quand les premiers véhicules ne disposaient pas de compteur de vitesse. Ainsi, en combinant la distance et le temps, le conducteur pouvait alors connaître sa vitesse moyenne lors d’un trajet.

 

Le chronographe Flyback

Il s’agit d’une autre variante sophistiquée du chronographe, dont les premières esquisses ont été développées par Breitling entre 1924 et 1934. Mais la première montre chronographe flyback a été commercialisée en 1936 par Longines avec son fameux calibre 13ZN. Le flyback remet à zéro et relance le chronographe en une seule pression par l’intermédiaire d’un pressoir dédié.

 

Le chronographe de régate

Cette version spécifique du chronographe a été développée pour les besoins du sport nautique. En effet, le départ ne pouvant se faire « arrêté », les navires manœuvrent derrière la ligne de départ et ne la franchissent qu’au terme d’un compte-à-rebours. Ainsi la montre de régate permet au skipper de régler son propre chronomètre pour vérifier aisément le temps restant avant le départ.

L’affichage s’opère au moyen d’un guichet, d’aiguilles sur des compteurs, ou d’une lunette. La plupart des compte-à-rebours ont une capacité de dix minutes, et offrent parfois la possibilité de rythmer les dernières secondes à la seconde prêt. Les premiers chronographes « Regatta » sont apparus après 1900. Il s’agissait de chronomètres ou de chronographes possédant une échelle graduée de 5 ou 10 minutes. Il faudra attendre 1964 avec le brevet du fabriquant Aquastar pour avoir une montre dédiée et performante. Les montres de régate ont ensuite été développées par les horlogers traditionnels tels Rolex avec la Yatch-Master II, ou encore Omega avec la Seamaster 300 Racing Chronometer.

 

Les échelles récurrentes sur un chronograph

Comme indiqué au début de cet article, le chronographe incorpore souvent des échelles sur sa lunette ou son cadran pour permettre de mesurer des phénomènes spécifiques. Il existe des modèles possédant une ou plusieurs échelles, offrant à son porteur la possibilité de mesurer plusieurs phénomènes différents avec une même montre. Il existe deux familles distinctes d’échelles utilisées par les chronographes, les échelles de vitesse et celle que l’on peut qualifier de médicales.

Les échelles de vitesse :

L’échelle tachymétrique permet de lire la vitesse en kilomètre par heure ou en miles par heure en comptant le temps qu’il faut à un sujet pour parcourir une distance. Les tachymètres à deux niveaux permettent de mesurer les vitesses inférieures à soixante kilomètres heure. Les doubles ont deux échelles différentes permettant de connaître la vitesse pour un kilomètre et pour 100 mètres.

L’échelle télémétrique : c’est lorsque d’un chronographe ou un compteur possède sur son cadran une échelle permettant de connaître la distance entre un point d’observation et un événement par la vitesse du son.

Les échelles médicales :

L’échelle asthmométrique permet de connaître la fréquence des respirations. L’échelle est souvent basée sur 5 respirations. Une fois la mesure réalisée le cadran indique alors la fréquence à la minute.

L’échelle pulsométrique permet de mesurer le nombre de pulsations cardiaques par minute. Cette échelle est généralement réalisée sur 15 ou 30 pulsations. A la fin de la mesure, l’aiguille est arrêtée, et le cadran indique la fréquence à la minute.

 

Nous espérons vivement que cet article suscitera des vocations de médecin ou de pilote automobile. Au pire vous maintiendrez votre statut de roi de votre cuisine !

Il est le premier d’une série destinée à enrichir la culture horlogère de nos lecteurs bien aimés. Derrière ces produits aussi luxueux que techniques se cachent ainsi des objectifs précis qui ont stimulé l’intellect de nombreux horlogers au cours des siècles. Alors stay tuned pour les prochains !